L’adoption selon le Coran : interprétations et enseignements

En droit musulman classique, l’adoption au sens occidental est prohibée depuis le VIIe siècle, mais des formes alternatives de prise en charge existent. Certains versets coraniques interdisent de changer la filiation d’un enfant, tout en recommandant la protection des orphelins.

Des divergences subsistent entre écoles juridiques sur les droits et devoirs de l’enfant recueilli, notamment concernant sa liberté religieuse, son héritage et son nom. Cette complexité alimente des débats contemporains sur l’application de ces principes dans les sociétés actuelles, entre exigences religieuses et évolutions des droits de l’enfant.

Comprendre l’adoption et la kafala à la lumière du Coran

Dans la tradition musulmane, la kafala occupe une place à part. Contrairement à l’adoption telle qu’on la connaît en Occident, elle ne crée pas de filiation juridique. Ce mode d’accueil de l’enfant s’appuie sur des passages coraniques précis et sur la pratique du prophète lui-même. Pourquoi ce rejet de l’adoption formelle par la charia ? Parce qu’elle introduit une filiation fictive, coupant l’enfant de ses racines biologiques. Le Coran insiste sur le maintien du nom du père d’origine. L’enfant recueilli garde ainsi son identité, sans être absorbé par celle de la famille qui l’élève.

L’histoire de Zayd bnou Harrithah en offre une illustration frappante. Devenu le fils adoptif du prophète sur proposition de Khadidja, il portait le nom de “Zayd bnou Mouhammad”. Un verset coranique est alors venu imposer le retour à son nom d’origine, soulignant la frontière qui sépare la prise en charge de l’adoption juridique. Les hadiths relatent ce moment charnière, marquant la volonté de Dieu de préserver la traçabilité des lignées et d’éviter toute confusion dans les filiations.

La kafala, aujourd’hui encore répandue dans le monde musulman, protège l’enfant makfûl tout en veillant à l’intégrité de ses attaches de naissance. Il ne devient pas héritier et son nom ne change pas. Même s’il grandit dans un autre foyer, il demeure légalement l’enfant de ses parents biologiques. Ce dispositif, compatible avec la charia, répond à une logique de solidarité, sans brouiller l’origine de l’enfant ni rompre le fil de la filiation initiale.

En quoi la liberté religieuse de l’enfant est-elle envisagée dans l’islam ?

Le Coran pose une affirmation forte : la liberté individuelle, y compris sur le plan de la foi, est garantie. Le verset 256 de la sourate al-Baqara met les choses au clair : “Nulle contrainte en religion”. Ce principe prend tout son sens dans le cadre de la kafala. L’enfant accueilli, le makfûl, conserve ses droits et, surtout, son identité d’origine grâce au maintien du nom du père biologique.

La procédure de kafala repose sur le consentement express des parents biologiques et sur l’accord des autorités. Ce cadre vise à préserver l’enfant, à éviter toute rupture forcée avec son histoire familiale ou sa religion d’origine. Lorsqu’une famille musulmane prend en charge un makfûl, elle assure son éducation, veille à son bien-être matériel, mais ne peut imposer ses convictions. Le respect de la liberté religieuse s’inscrit dans la droite ligne du message coranique : l’enfant ne doit pas devenir l’instrument d’une conversion forcée.

Ainsi, la loi distingue clairement protection matérielle et transmission spirituelle. La charia encadre ces situations avec fermeté : il n’est pas question d’effacer le passé religieux ou familial du makfûl par une fusion juridique. La kafala, loin de toute forme d’assimilation, préserve la singularité de l’enfant, y compris sur le terrain de la foi.

Femme musulmane et adolescente lisant le Coran en plein air

Enjeux culturels et juridiques : entre principes religieux et réalités contemporaines

Au carrefour du droit musulman et des lois occidentales, la kafala se heurte à des obstacles concrets. En France, la kafala ne se confond pas avec l’adoption plénière. L’enfant recueilli, le makfûl, n’obtient ni filiation ni droit à l’héritage dans la famille d’accueil, sauf cas très spécifiques. Ce manque de reconnaissance juridique pose des difficultés réelles pour de nombreuses familles, notamment celles issues de l’immigration maghrébine.

Voici les principales démarches et limites auxquelles sont confrontées ces familles :

  • Reconnaissance administrative : la kafala doit être validée par les autorités compétentes du pays d’origine (Maroc, Algérie, etc.), puis faire l’objet d’une enquête sociale sur le territoire français. L’obtention d’un visa pour l’enfant n’est jamais garantie, même après la délivrance de la kafala à l’étranger.
  • Loi française et kafala : la loi française ne prévoit pas d’accès direct à l’adoption, ni de transfert automatique de nationalité. Une adoption simple, distincte de la kafala, peut parfois être envisagée, mais au prix de démarches longues et complexes.

La question de l’héritage reste au centre des controverses. Sans lien de filiation, le makfûl ne participe pas au partage successoral, sauf disposition expresse respectant les limites de la loi islamique. Ce fonctionnement tranche avec le modèle occidental, qui favorise une intégration pleine et entière de l’enfant adopté, sur le plan affectif comme patrimonial. Les familles naviguent alors entre cadres juridiques parfois opposés, tentant de concilier principes religieux et réalités des sociétés d’accueil.

À l’heure où les sociétés évoluent et où les parcours d’enfants franchissent les frontières, la kafala continue de soulever des débats aussi sensibles que déterminants. Entre respect de l’identité, droit à la protection et exigences de justice, la route reste ouverte, faite d’équilibres fragiles et de choix intimes.

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